Enroulement de la vigne un ex-viticulteur sonne l'alerte.

Henri Delagrange

Vigneron à la retraite, Henri Delagrange est attristé par la propagation du virus de l'enroulement
de la vigne, qui se caractérise par des feuilles rouges qui s'enroulent sur elles-mêmes. Photo M

Henri Delagrange, vigneron retraité qui vit à Volnay, tente d'alerter la côte viticole depuis quinze ans sur la dangerosité du virus de l'enroulement, qu'il voit gagner du terrain d'année en année. Une maladie incurable qui entraîne une baisse de qualité des raisins.

Rencontrer Henri Delagrange est une expérience en soi. L'ancien vigneron, qui habite au centre de Volnay ne garde ni son stylo ni sa langue dans sa poche. C'est dailleurs par une lettre au Bien Public qu'il a récemment lancé un nouveau « cri d'alarme » après une croisade menée entre novembre 2002 et janvier 2003 auprès, notamment, des organismes professionnels qui « tels des ronds-de-cuir sans envergure, n'ont pas su analyser le danger pour notre vignoble. Ils ont été incapables de réagir » s'emporte l'ancien professionnel, qui espère encore aujourd'hui « réveiller les consciences et informer les vignerons ». Pour expliquer le développement du virus, Henri Delagrange s'arrête dans une parcelle du bas de Volnay et arrache deux feuilles rouge-brun d'un pied de vigne : « L'action du virus obstrue les canaux où la sève passe. La feuille se retourne, car elle souffre, elle ne peut plus activer sa fonction chlorophyllienne, ce qui empêche les raisins de mûrir ». .

Une « forte expression » cette année

Des symptômes connus, mais pas forcément de tous. « J'ai apporté des feuilles à un vigneron de Flagey-Echezeaux. L'enroulement et la carence en magnésium (qui rend également les feuilles rouges, ndlr), il ne connaissait pas ! » : affirme Henri Delagrange.
Pierre Petitot, conseiller viticole à la chambre d'agriculture, admet « une forte expression de l'enroulement cette année, des vendanges à la chute des feuilles. Son expression est différente selon le stress de la vigne. L'année dernière, par exemple, elle était peu visible. Mais une fois que le virus est à l'intérieur, il n'y a pas grand-chose à faire ». Si la connaissance scientifique de cette maladie virale n'est pas totale, on sait que des cochenilles, insectes cachés sous l'écorce, sont notamment à l'origine de sa propagation. D'où le courroux d'Henri Delagrange, qui appelle tout simplement à « tuer les cochenilles. Il faut utiliser des insecticides ».

Un ancien qui a les vignes « dans les tripes »

Pierre Petitot ajoute cependant un élément à la source du problème : « Le matériel végétal. Des vieilles vignes déjà vérosées ont été multipliées par des vignerons qui faisaient leurs plants eux-mêmes. Et une fois le pied touché, il n'y a pas de rémission. Pour les parcelles enroulées, la seule réponse, c'est l'arrachage » De son côté, Henri Delagrange est très critique envers la culture biologique et ses adeptes, qu'il accuse de « délaisser la vigne. Ils pensent, qu'il suffit de regarder la vigne, pour qu'elle produise en qualité sans rien faire ». Il en appelle à la génétique de soin, reliée à une éthique », pour régler le problème d'une maladie dont la propagation lui noue l'estomac. « La vigne, je l'ai dans les tripes. je ne pense qu'à elle, ma petite personne n'a aucune importance », conclut l'ancien vigneron, alors que Pierre Pentot explique que « l'on n'aura pas de réponse facile contre l'enroulement et d'autres maladies, comme le court noué et l'esca, dans les cinq à dix ans à venir ».

Le court noué, une autre maladie virale.

Avec l'enroulement, c'est la virose la plus développée dans le vignoble mondial. « Responsable du dépérissement progressif des ceps, le court noué a des répercussions à la fois sur la quantité et la qualité des raisins produits. Les diminutions de rendement peuvent parfois approcher les 80%, détaille l'Inra (Institut national de la recherche agronomique). Une baisse due notamment aux phénomènes de coulure (chute de la fleur de vigne) et de millerandage (défaut de maturation des raisins). La maladie est également connue pour son effet parfois bénéfique, avec des raisins plus concentrés en sucres ou moins chargés en acides organiques. Comme pour l'enroulement, une plantation affectée « le restera irrémédiablement.[...]Dans les cas extrêmes, l'arrachage prématuré des ceps devra être envisagé conclut l'Inra.

Manuel Desbois