Par Joël de Rosnay

- Conseiller pour Universcience, Président exécutif de Biotics International

Demain, la révolution du pronétariat

lundi 14 mai 2012

Les citoyens du monde sont en train d'inventer une nouvelle démocratie. Non pas une e-démocratie, caractérisée par le vote à distance via Internet, mais une vraie démocratie de la communication

Nous entrons progressivement dans la civilisation du numérique. Elle englobe les télécommunications (smartphone, télévision connectée), Internet, satellites, et les environnements intelligents. Les citoyens du monde sont en train d'inventer une nouvelle démocratie s'appuyant sur les « média des masses ».

Ni les média traditionnels, ni les hommes politiques n'en comprennent véritablement les enjeux. La création collaborative ou la distribution d'informations de personne à personne confèrent de nouveaux pouvoirs aux utilisateurs, jadis relégués au rang de simples consommateurs. Cette nouvelle classe d'usagers est capables de produire, diffuser et vendre des contenus numériques non propriétaires. La mise en ouvre des techniques de création collaborative et d'échange supplantent progressivement certains des vecteurs traditionnels des mass médias et entrent parfois en conflit avec eux.

La production massive et collaborative d'informations numériques par les internautes (les "pronétaires" : ceux qui sont pour et sur le Net), représente une révolution aussi importante que celle du début de l'ère industrielle, symbolisée par la machine à vapeur, puis par la mécanisation et l'automatisation intensives. La nouvelle économie née de l'essor du pronétariat pose des problèmes culturels, politiques, sociologiques et économiques inédits. La révolution pronétarienne est d'abord sociétale avant d'être économique. D'où l'importance de l'information et de la formation permettant à chaque acteur de la vie économique et sociale de mieux comprendre ces évolutions pour construire son avenir.

DE LA SOCIETE DE L'INFORMATION A LA SOCIETE DE RECOMMANDATION

Au cours des dix prochaines années, la compétition se fera de plus en plus rude entre mass médias et médias des masses. En particulier grâce à la culture émergente de la « NetGen » (la génération Internet), à l'intelligence connective, collaborative et collective. Avec le web 2.0, on passe de la société de l'information à la société de la recommandation.

Les réseaux sociétaux intègrent la cognition, la coordination et la coopération. La cognition pour trouver la réponse à une question complexe. La coordination pour agir en fonction du comportement des autres. La coopération pour se « réguler » avec l'action des autres. La différence par rapport à la recherche individuelle d'information se résume à ces expressions : première étape, celle des moteurs de recherche : « Je sais ». Deuxième étape, celle de l'intelligence collaborative : « Nous savons ensemble ». Troisième étape, celle du crowdsourcing: « Nous savons aussi ce que les autres savent ».

Après le web 2.0, on voit émerger le web 3.0 puis le web 4.0. Le web 3.0 sera sémantique et intuitif. Les réponses des moteurs de recherche seront fournies en fonction de recherches effectuées précédemment et du profil de l'utilisateur. Le web 4.0, c'est l'environnement « cliquable » ubiquitaire et performant, menant à la réalité augmentée. Avec la caméra de son smartphone, on regarde le monde autour de soi et on voit apparaître des icônes qui donnent des informations venant d'Internet. C'est le mariage du réel et du virtuel.

Les réseaux, ordinateurs et smartphones sont désormais intégrés dans une immense place mondiale, le Cloud. Ces ponts, cette fusion entre monde réel, monde virtuel et réalité augmentée, vont bouleverser le e-commerce, le tourisme et même le monde politique. En attendant le web 5.0, « Symbionet » ou web symbiotique, reliant le corps et le cerveau à l'environnement physique. Pour le meilleur ou pour le pire...

http://lesclesdedemain.lemonde.fr/organisations/demain-la-revolution-du-pronetariat_a-12-1459.html